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Les clés des analystes pour investir éco-responsable

De plus en plus, les entreprises multiplient les initiatives pour réussir la transition énergétique. Les prochaines années seront en effet décisives pour respecter l’accord de Paris, et les investisseurs auront aussi une grande responsabilité dans ce défi immense. Leur rôle : privilégier les entreprises les plus vertueuses. Mais comment les repérer ? La question n’est pas si évidente…

Le constat : une prise de conscience générale

Une demande de plus en plus forte des citoyens
L’expérience inédite du confinement a permis de voir et de mesurer concrètement notre impact sur l’environnement, avec à la clé une baisse drastique des émissions de CO2 au 2e trimestre 2020 et des paysages métamorphosés par l’absence d’activités humaines (couleur de l’eau à Venise). En réalité, la volonté de préserver l’environnement existe déjà depuis longtemps et n’a fait que se renforcer. La progression de EELV (Europe Écologie Les Verts) dans les grandes villes françaises entre les élections municipales de 2014 et celles de 2020 est frappante.

Une impulsion au niveau politique
Ces derniers mois, des engagements forts ont été pris au niveau européen pour lutter contre le réchauffement climatique. La Commission européenne a présenté en mars 2020 son projet de loi sur le climat, trois mois après le « Green Deal »1 annoncé par la présidente Ursula von der Leyen. Cet élan écologique, inscrit juridiquement à l’échelle européenne, est une première pour l’Europe. La pierre angulaire du texte repose sur la neutralité carbone à l’horizon 2050, sur laquelle les États membres s’étaient déjà engagés en décembre 2019 (à l’exception de la Pologne). Il est important de noter qu’il s’agit d’une cible pour l’ensemble de l’Union européenne (UE) et non pas par pays.

Cette loi sur le climat ne modifie pas l’objectif (déjà décidé auparavant) de réduction des émissions de CO2 de 40 % entre 1990 et 2030. Néanmoins, cette cible pourrait être relevée à 50-55 % afin d’intensifier les efforts compte tenu du retard pris dans la mise en œuvre de l’accord de Paris. Enfin, le texte suggère que la Commission européenne puisse imposer des mesures plus strictes en matière d’émissions de CO2 tous les 5 ans, et dans la période comprise entre 2030 et 2050.
En France, le plan de relance dévoilé jeudi 3 septembre 2020 par le Premier ministre, Jean Castex, a fait la part belle à la transition énergétique. Trente milliards d’euros (sur 100 milliards) lui seront dédiés, notamment pour rendre les bâtiments plus efficients en matière de consommation d’énergie, mais également pour réduire les émissions de CO2 du transport et de l’industrie (développement du ferroviaire).

Le rôle majeur des entreprises et des investisseurs pour réussir la transition énergétique

La communication des entreprises
Jamais autant de communiqués de presse mentionnant les critères ESG (Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance) n’avaient été publiés qu’en 2019. Ce n’est pas un hasard. Dans le secteur du ciment (un des plus polluants), le premier communiqué de presse de l’année 2020 de LafargeHolcim mentionnait une étude afin de déterminer la possibilité de capturer le CO2 dégagé d’une usine du groupe aux États-Unis. En plus de l’exigence des citoyens, de plus en plus d’investisseurs institutionnels (fonds de pension, assureurs) utilisent ces critères dans leurs décisions, et les entreprises sont donc largement incitées à prendre en compte cette évolution dans leur communication. Celle-ci peut être sincère ou cacher du green washing2. Par exemple, si les rejets de béton dans la Seine de LafargeHolcim étaient confirmés, les investisseurs pourraient considérer que l’entreprise pratique du green washing.

La prise en compte des critères ESG dans les décisions d’investissement : quels moyens pour y parvenir ?
Différentes approches existent pour prendre en compte, d’une manière ou d’une autre, les critères ESG dans les décisions d’investissement. L’une des plus connues et des plus anciennes consiste à exclure certaines industries (tabac, armement, jeux d’argent, pétrole ou gaz de schiste) ou entreprises sur la base de valeurs ou principes éthiques. Une fondation (investisseur institutionnel) dont l’objectif est la lutte contre le cancer du poumon n’investira pas, a priori, dans des entreprises spécialisées dans la fabrication de cigarettes : on parle ici de « negative screening ». Il s’agit d’une des méthodes les plus faciles à mettre en place pour les sociétés de gestion ou les investisseurs particuliers.
Toutefois, d’autres méthodes ont émergé. L’approche « Best-in-Class » est plus pragmatique et moins « manichéenne » dans le sens où aucune activité n’est exclue. Son objectif est de classer les entreprises sur la base de bonnes pratiques. L’idée de cette approche est donc de favoriser les entreprises dont les pratiques sont vertueuses, poussant les autres à s’améliorer. Le dialogue entre les entreprises et les investisseurs peut mener à une autre technique : l’engagement. Dans ce cas, les investisseurs peuvent par exemple demander des publications spécifiques (prenant en compte les critères ESG) ou l’atteinte d’objectifs climatiques. Les compagnies pétrolières, dont les activités sont polluantes, ont par exemple dévoilé des feuilles de route claires pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES). Le groupe britannique BP s’est ainsi engagé, en février 2020, à réduire drastiquement ses émissions de GES en visant désormais 0 émission nette d’ici 2050 pour les périmètres 1 (à savoir les émissions directes) et 2 (émissions indirectes associées aux consommations d’énergie…). L’inconvénient de cette approche est qu’elle nécessite davantage de ressources et de temps (suivi des engagements des entreprises).
Enfin, l’investissement thématique est aussi possible, en visant des entreprises spécialisées dans certaines activités jugées prometteuses (énergies propres, technologies vertes, agriculture durable par exemple).

Les défis de l’intégration des critères ESG par les analystes financiers

Pas de consensus car la « matière » est nouvelle
L’analyse ESG est un domaine relativement récent et qui s’est beaucoup développé ces dernières années. Comme nous l’avons vu, plusieurs possibilités existent pour tenir compte des critères ESG. Néanmoins, des divergences subsistent sur les manières de procéder et nous avons constaté que les investisseurs utilisaient parfois des méthodes assez différentes. La même entreprise peut être jugée vertueuse par certains, ou au contraire être accusée de pratiquer du green washing par d’autres.
Les débats sont souvent houleux quand il s’agit de grandes entreprises. À ce titre, le cas de Danone est intéressant puisque le groupe français a été l’un des pionniers dans le lancement de fonds d’innovation sociale (Fonds Danone pour la nature dès 2008, Fonds Carbone Livelihoods en coopération avec d’autres entreprises françaises en 2011 ou encore Fonds Livelihoods pour l’Agriculture Familiale en 2015). Danone est ainsi devenu la première « entreprise à mission » cotée en France en 2020. Néanmoins, la même année, l’association Foodwatch (spécialisée dans le domaine alimentaire) a mis en cause le groupe français (et son concurrent Nestlé) en raison de l’utilisation d’hydrocarbures aromatiques d’huiles minérales (MOAH) dans les laits infantiles.
Nous constatons donc que l’analyse ESG est de plus en plus utilisée par la communauté financière (analystes, investisseurs) pour éviter les controverses et prévenir les risques de réputation. Ils peuvent en effet avoir des impacts considérables sur les cours de Bourse. Éviter les entreprises plongées dans des scandales, c’est d’une certaine façon limiter ses risques !

Quelques pistes pour intégrer ces critères dans la sélection des entreprises
Les stratégies d’intégration des critères ESG peuvent prendre différentes formes.
L’intégration peut être qualitative lorsque les analystes financiers utilisent les critères ESG pour analyser en profondeur les forces et faiblesses d’une société et les prendre en compte dans leur opinion. L’objectif est d’apprécier globalement les sociétés et notamment d’identifier lesquelles pourraient le plus bénéficier de changements structurels. Finalement, ce travail revient à étudier le modèle économique de l’entreprise (est-il déjà bien adapté au monde de demain ?) et sa stratégie de long terme.

L’intégration peut être aussi quantitative lorsque des variables du modèle financier (utilisé pour valoriser les entreprises) sont ajustées sur la base des critères ESG. Pour rappel, un modèle financier repose sur des projections/hypothèses financières futures (taux de croissance, marges) influençant la valorisation. Les critères ESG peuvent donc être utilisés pour modifier positivement ou négativement des hypothèses comme le taux de croissance des résultats, les marges ou encore les primes de risque (moins élevées pour une entreprise vertueuse ou plus élevées pour une société avec des problèmes de réputation).

Sur ce dernier point, l’exemple de Bayer est parlant. Bayer a racheté le groupe américain d’agrochimie Monsanto en 2016. Depuis, de nombreuses plaintes ont été déposées, l’un des herbicides de Monsanto (Roundup) étant soupçonné d’être à l’origine de maladies graves comme le cancer. Sans préjuger du caractère nocif du Roundup, cette acquisition a dégradé le profil de risque de Bayer en raison de nouveaux problèmes de réputation. La prime de risque exigée par les investisseurs a donc augmenté et Bayer a été exclu de certains fonds ESG après le rachat de Monsanto. Il s’agit d’un exemple de « negative screening ».

Cet article est un résumé d’un dossier rédigé par la Recherche actions de Kepler Cheuvreux pour le Magazine de la Bourse au 25/09/20, sous réserve d’évolutions de l’actualité économique et financière, ainsi que des dispositions fiscales, juridiques et réglementaires.
Nous vous rappelons qu’investir en actions, directement ou via des fonds en actions, n’offre aucune garantie de capital. Vous devez donc être prêt à accepter les fluctuations des marchés boursiers et le risque lié de perte de tout ou partie de l’épargne investie.

(1) Pacte vert pour l’Europe dont la feuille de route a pour objectif de rendre l’économie de l’Union européenne durable (Source : Commission européenne).

(2) Selon Novethic, le greenwashing (éco-blanchiment) est une méthode de marketing consistant à communiquer auprès du public en utilisant l’argument écologique. Le but du greenwashing étant de se donner une image éco-responsable, assez éloignée de la réalité… La pratique du greenwashing est trompeuse et peut-être assimilé à de la publicité mensongère.

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